Face à des épisodes climatiques de plus en plus marqués, les éleveurs doivent composer avec des périodes de sécheresse plus longues, des vagues de chaleur plus fréquentes, mais aussi des épisodes de gel ou de fortes pluies. Ces aléas ont un impact direct sur la croissance des prairies et la disponibilité de la ressource fourragère.
Dans ce contexte, l’agrivoltaïsme apparaît comme un levier d’adaptation : les structures photovoltaïques créent un microclimat favorable qui permet de préserver les prairies et d’allonger les périodes de pousse de l’herbe.
Un microclimat favorable au maintien des prairies
Les panneaux photovoltaïques modifient les conditions climatiques au niveau de la parcelle. L’ombrage partiel qu’ils génèrent réduit l’exposition directe au rayonnement solaire et limite les effets des fortes chaleurs sur les sols et la végétation.
Depuis juin 2024, Urbasolar mène un programme de suivi agro climatique sur plusieurs centrales photovoltaïques situées dans des contextes météorologiques et géographiques variés. Les premières observations mettent en évidence des effets significatifs des panneaux solaires sur le microclimat :
- une température de l’air inférieure de 2,5 °C en moyenne sous les panneaux, avec des écarts pouvant atteindre 6 °C lors des épisodes de canicule
- des sols plus frais en été, avec une réduction moyenne de 5 °C de la température et des écarts pouvant aller jusqu’à 11 °C, évitant ainsi le dépassement du seuil critique de 25 °C pour de nombreuses espèces végétales
- une diminution importante de la vitesse du vent pouvant atteindre 2 5km/h
- une humidité du sol supérieure à 25 % durant la saison estivale
Ces conditions permettent de limiter l’évapotranspiration et de mieux conserver l’eau dans les sols, une ressource devenue essentielle pour le maintien de la végétation en période sèche.
Une pousse de l’herbe décalée et prolongée
L’intérêt agronomique des structures agrivoltaïques ne réside pas nécessairement dans une augmentation du volume total de biomasse produite au cours de l’année. Leur principal atout est ailleurs : elles permettent de modifier le cycle de croissance de l’herbe et de prolonger sa disponibilité dans le temps.
Au printemps, les sols situés sous les panneaux se réchauffent plus lentement que dans une prairie exposée en plein soleil. La pousse de l’herbe peut ainsi être légèrement retardée.
En revanche, lorsque les températures augmentent fortement à partir de la fin du printemps et du début de l’été, les bénéfices deviennent particulièrement visibles. Alors que les prairies conventionnelles subissent les effets du stress hydrique et du dessèchement, les surfaces agrivoltaïques conservent davantage de fraîcheur et d’humidité. L’herbe reste alors verte plus longtemps, limitant les phénomènes d’échaudage et permettant de maintenir une ressource fourragère disponible durant une période où elle se raréfie généralement.
Le même phénomène s’observe à la fin de l’été. Grâce à des sols moins affectés par la sécheresse, la reprise de la végétation intervient souvent plus rapidement à la faveur des premières pluies de fin août ou de début septembre.
Résultat : la période globale de production de l’herbe est étalée dans le temps, offrant davantage de souplesse dans la conduite du pâturage.
Une qualité fourragère prometteuse
Les suivis agronomiques réalisés par Urbasolar s’intéressent également à la qualité de l’herbe produite sous les panneaux photovoltaïques.
Les premiers résultats obtenus montrent des tendances encourageantes, avec notamment : une teneur en azote plus élevée ; une meilleure digestibilité des protéines et une qualité fourragère globalement supérieure à celle observée sur les zones témoins.
Ces observations devront être confirmées sur plusieurs campagnes de mesures, mais elles laissent entrevoir des bénéfices potentiels au-delà du simple maintien de la ressource.
Un outil d’adaptation pour les élevages de demain
Dans un contexte de changement climatique, l’agrivoltaïsme apporte une réponse concrète aux enjeux auxquels sont confrontés les éleveurs. En créant un microclimat plus favorable au maintien de l’herbe, les structures photovoltaïques permettent non seulement de préserver les prairies pendant les périodes les plus critiques, mais aussi d’étendre les périodes de pâturage et d’améliorer la résilience des exploitations.
L’objectif n’est pas de produire davantage d’herbe à tout prix, mais de disposer d’une ressource fourragère plus longtemps dans l’année, au moment où elle est le plus nécessaire. Un atout précieux pour sécuriser l’activité agricole tout en produisant une énergie renouvelable locale.